Ce mardi 26 février à l'Ivraie

 

Métissage et tissage metallier

Annelise Nguyên est une artiste française cosmopolite. Née en 1973 à Chevreuse, dans les Yvelines, d’une mère suisse et d’un père vietnamien, elle vient au monde avec la richesse spontanée de cet héritage culturel. Sa force singulière provient peut-être de ce mélange étonnant (voire détonant) : elle possède à la fois l’expérience complexe d’un vieux sage, et l’énergie créative, fraîche et vivifiante, d’un enfant émerveillé.

 

Dans sa jeunesse, durant 4 ans, elle suit des cours de modelage et de moulage d’après modèle vivant, auprès de sculpteurs japonais (Inoué et Miyata) à Elancourt (78). Elle se découvre alors une véritable passion pour les Arts Plastiques. Elle aime cet exercice subtil d’expression des idées et des sentiments. Elle s’épanouit dans le travail de la matière, dans la création de volumes, dans ces jeux de la lumière, dans ces constructions uniques et spéciales.

Naturellement, à l’heure des choix d’orientation, elle s’inscrit à l’ école des Arts Appliqués (l’ENSAAMA Olivier de Serres, ou Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art de Paris). Et, en 1994, elle en ressort diplômée des Métiers d’Art en décor architectural et sculpture métal.

Elle commence alors par travailler 2 ans, en tant que Compagnon du devoir, dans une fonderie de bronze et chaudronnerie d’art (Fondation Coubertin à St Rémy lès Chevreuse (78)). Puis, pendant 2 ans encore, elle exerce en tant que soudeuse dans l’industrie aéronautique. Même pour une fille moderne d’aujourd’hui, cela n’est pas banal…

En 1999, cette expérience poussée du travail du métal en poche, elle se lance dans une démarche plus proche de sa fibre artistique : elle devient auteur-sculpteur sur métal, affiliée à la Maison des Artistes. Elle crée son premier atelier qu’elle installe à bord d’une péniche à Conflans Ste Honorine (78). Peu à peu, elle élabore son univers artistique. Et elle partage son enthousiasme et son savoir-faire en intervenant ponctuellement dans les écoles en tant que professeur d’Arts Plastiques.

Et puis en 2002, elle largue les amares. Elle quitte l’Ile de France pour pour se plonger dans un bouillonnement créatif et artistique. Elle s’installe en Bretagne, dans des ateliers partagés par un collectif de sculpteurs, de plasticiens, de photographe, avec d’anciens élèves de son école d’art.

Cages de lumières et espaces animés d’ombres chinoises 

Au sein de l’atelier «France Langouste», à Douarnenez (29), elle s’imprègne des embruns et du monde marin. Dans les entrelacs graciles de ses métaux, elle fait alors naître des créatures aquatiques. Lorsque l’atelier déménage au milieu de la campagne, à quelques encablures de la pointe du Raz, c’est de la poésie de la nature qu’elle tire encore son inspiration. Dans les gigantesques hangards agricoles réaménagés de Beuzec-Cap-Sizun (29), elle réinvente à sa façon des fleurs, des fruits, des arbres, des graines, des feuilles. Elle donne forme à la dynamique, aux gestes, aux oscillations de courants, souvent invisibles et ignorés malgré leur puissance. Ses créations à suspendre, à poser, à l’intérieur ou à l’extérieur instillent vie et mouvement là où on les installe.

Annelise Nguyên travaille de petits rubans d’acier pour souligner les formes. Elle dessine des volumes sans matière, parfois démesurés ; et nous révèle leur beauté aérienne. Ses sculptures respirent ainsi au rythme irrégulier de chaque lacet de métal ; comme elles oscilleraient sous le souffle du vent. Elles sont animées d’une vie propre, faite de lumière changeante et d’ombres dansantes.

Depuis 2006, elle travaille également avec Mik Poullard, avec lequel elle a réalisé des muséographies, plus compactes, au confluant de leurs registres respectifs. Et elle produit également, des meubles de créateur, plus ou moins imposants, et toujours à base de fer.

Un sacré bout d’artiste du métal, à la créativité bien trempée.